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Nous avons retrouvé les traits essentiels de cette révolution dans une opération-pilote exemplaire japonaise : l'automatisation intégrale d'une ligne de fabrication de montres mécaniques de luxe dans les usines SEIKO-HATORI à Osaka.

Outre les solutions techniques utilisées, nous nous sommes intéressé à la manière dont cette usine avait été mise en oeuvre et aux raisons du succès de cette réalisation.

Société de mécanique de précision, SEIKO a conçu et réalisé elle même son automatisation.

Plutôt que de faire concevoir entièrement l'usine par des automaticiens à partir d'idées abstraites réductionnistes, on a opéré comme dans notre projet bureautique français : On a donné aux OS de la chaîne ancienne (OS horlogers, donc très habiles) une formation aux principes de l'automatique.

Puis on a constitué des équipes de travail faisant collaborer informaticiens, automaticiens, électroniciens et horlogers pour réaliser les machines automatiques de la chaîne. Le rôle de l'OS horloger recyclé a été essentiel pour permettre le succès. En effet il était porteur d'un savoir pratique intériorisé acquis sur l'ancienne chaîne. Lui seul connaissait les vrais problèmes, les vraies difficultés les vrais tours de main nécessaires pour que l'opération matérielle se fasse bien. Et c'est ce savoir ouvrier irremplaçable qu'il a incorporé dans la machine automatique réalisant cette opération.

L'opération élémentaire sur l'ancienne chaîne manuelle était de 30 secondes. Elle est de 3 secondes dans l'usine automatique.

On retrouve pour l'essentiel les bouleversements organisationnels de notre service administratif. Si l'usine elle-même est totalement automatique, la main d'oeuvre très qualifiée se retrouve dans des équipes de conception-maintenance qui ont créé une machine originale, en assurent la maintenance, l'évolution.. Des techniciens qualifiés et responsables faisant un travail créatif valorisant, humainement riche.

Évidemment, et c'est un autre trait de la révolution technologique contem-poraine, les montres ne se font pas sans main d'oeuvre humaine. Mais celle-ci se trouve dans la conception, la construction, la programmation des machines automatiques.

On a une remontée de la création de valeur vers les biens d'équipement. C'est un autre trait de la révolution scientifique et technique contemporaine qui a été un des facteurs de la compétitivité japonaise, les grandes firmes japonaises étant en général constituées de grandes filières verticales comprenant des ensembles complets de compétences diverses et complémentaires de tous niveaux.

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©Gérard Verroust. Université Paris VIII.

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