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Les historiens des sciences et techniques ont montré que le progrès humain est constitué de grandes étapes qui sont une succession de systèmes cohérents, le passage de l'un à l'autre se faisant par des périodes plus ou moins longues de bouleversements sous les formes les plus diverses.

Dans chaque grand système se correspondent et opèrent en synergie :

- Des conceptions générales du monde et du rapport de l'homme à l'Univers,

- Une structure d'organisation sociale, de propriété,

- Un ensemble de systèmes scientifiques et épistémologiques cohérents,

- Un système technique et un système productif.


Après la maîtrise du feu, la fabrication d'outils, l'agriculture, la domestication des animaux, etc. nous avons vécu au siècle dernier et vivons encore la maîtrise des forces physiques, de l'énergie, de la mécanique, de tout ce que décrit la Physique, mode de maîtrise du monde, née vraiment en tant que science avec Galilée. Et corrélativement il s'est agi du passage de la scolastique à la logique mécaniste et de la féodalité au capitalisme.

Le passage d'un système à l'autre est bien sûr très complexe en raison des innombrables éléments en interaction cohérente et aussi du fait que les valeurs d'un système sont intégrées par la société dans l'esprit, le corps, la sensibilité et jusqu'à la sexualité des humains de cette société, et de plus sont bien gardées par l'ensemble des structures politiques, médiatiques, religieuses.

Ce passage résulte bien sûr du développement interne par le système lui-même des éléments de son dépassement, de sa destruction. Le passage de la féodalité au capitalisme a tout de même demandé trois siècles avec deux moments forts : la Réforme et la Révolution de 1789.


Et c'est vraiment au XIXème siècle que l'ensemble des institutions politiques, économiques, sociales, religieuses, scolaires du système capitaliste s'est mis en place dans toute l'Europe avec tout son système de valeurs. Même si dès le XVIIIème siècle l'Angleterre avait anticipé.


Et on trouve en synergie parfaite avec les grandes institutions politiques et économiques du capitalisme :

Un système technique fondé sur la Physique classique et le meilleur système productif associé : le travail manuel parcellisé en tâches élémentaires d'Adam Smith avec les armées de prolétaires spécialisés qu'il implique.


Un modèle familial destiné à assurer le fonctionnement optimal de la société et à assurer sa pérennité. Bien sûr un sexisme institutionnalisé avec un rôle précis assigné aux femmes et admirablement résumé par les fameux trois K allemands (en français Enfants, Église, Cuisine), le père étant naturellement chef de famille. En France, le rôle assigné à l'Église par Adolphe Thiers ne fut pas toujours respecté par celle-ci restée rurale, attachée à la royauté et aux valeurs féodales, d'où des conflits mémorables.


Un système scolaire bien adapté. Cette société industrielle du XIXème siècle avait besoin pour se développer d'hommes porteurs d'un savoir ouvrier indispensable pour agir directement sur des outils ou des machines dans le cadre d'une organisation productive fondée sur la division du travail. On avait besoin d'une armée d'ouvriers sachant lire, écrire, compter mais bien disciplinés. Un apprentissage à la fois riche et spécialisé, bien encadré. Et en France l'école de la IIIème République fut un modèle d'une efficacité idéale, avec son maître dispensant un savoir bien contrôlé. Et par ailleurs la recherche, la création, le développement étaient effectués par des professions intellectuelles spécialisées : corps intermédiaires entre la classe possédante et les producteurs directs. Un ordre d'enseignement bien distinct formait ces élites.

Et l'organisation militaire venant refléter les structures et valeurs de la société.

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©Gérard Verroust. Université Paris VIII.

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